Dans le cadre du Programme National pour l’Intelligence Artificielle, Grenoble accueillera son Institut Interdisciplinaire d’Intelligence Artificielle (3ia). Le projet a été confirmé le 28 avril dernier, et se verra allouer un budget de 18,5 millions d’euros par an pendant 4 ans. L’institut MIAI@Grenoble-Alpes (Multidisciplinary Institute of Artificial Intelligence) aura pour thématiques principales l’environnement/énergie et la santé.

Cette excellente nouvelle est tombée à pic pour la 22e édition du Forum 5i, qui s’est tenue ce mercredi 5 mai au Centre de Congrès du WTC Grenoble, avec pour thème “l’intelligence artificielle, facteur d’innovation”.

Table ronde : IA, une technologie de rupture pour l’innovation
Bertrand Braunschweig de l’INRIA

On retient de l’introduction par Bertrand Braunschweig de l’INRIA une préoccupation croissante pour les problématiques liées à l’éthique : par exemple, quelle transparence pour les choix effectués par une IA ?

Henri Sanson d’Orange Labs effectue la même analyse en citant parmi ses préoccupations principales l’utilisation raisonnée des données et la nécessité d’adopter une démarche éthique structurée (et structurante).

Les initiatives publiques autour de l’IA : ça bouge en France et à Grenoble

Au niveau national, la France se donne l’objectif de devenir le 5e acteur mondial de référence (les US, la Chine, le Japon étant pratiquement indétrônables), et rien de moins que le leader européen (ce qui implique de damer le pion à l’Allemagne et au Royaume Uni).

De nombreuses forces sont mobilisées, notamment :

  • La création d’un réseau d’instituts spécialisés, dont celui de Grenoble, pour un budget total de 100 M€
  • L’existence de 190 chaires de recherche et enseignement, dont 150 rattachés aux 3IA,
  • Un projet de superordinateur pour l’intelligence artificielle, n°2 à l’échelle européenne, pour un investissement de 198 m€.

A Grenoble, on retrouve la création du 3IA, MIAI@Grenoble-Alpes. Son coordinateur Eric Gaussier nous en a présenté le fonctionnement et souligné l’interdisciplinarité, avec la participation de sociologues, de juristes et de philosophes qui auront à cœur d’explorer les impacts de l’IA, du point de vue du Droit et de l’Ethique.

Au micro, Eric Gaussier (MIAI@Grenoble-Alpes)
Showtime ! Projecteur sur Emoface

Le showroom a été l’occasion de découvrir 20 startups particulièrement prometteuses, ainsi que 7 spin-off issues des laboratoires de recherche de la métropole Grenobloise.

Mon coup de cœur va à Emoface, issue du GIPSA-Lab. Il s’agit d’une application qui utilise l’intelligence artificielle et la reconnaissance faciale afin d’aider les enfants autistes à interpréter les expressions faciales d’émotions et à se les approprier.

Adela Barbulescu, Project Manager et inventeur
Le logiciel utilise une technologie qui permet la génération automatique d’animations émotionnelles. Elle est basée sur la modélisation statistique des émotions audio-visuelles obtenues à partir d’une base de données que nous avons enregistrée avec des acteurs réels.

Il s’agit donc, pour les autistes, d’entraîner ses habilités sociales. L’application actuelle s’adresse aux enfants, mais de futurs développements pourront permettre une utilisation pour les adultes. Emoface recherche actuellement des familles et des soignants pour tester leur version beta, n’hésitez donc pas à les contacter via leur site internet.

Par ailleurs, le prix “5i Jean-Michel Lamure” a été remis à la startup genevoise Cogito Instruments, qui propose du hardware à destination de l’industrie 4.0. Ce trophée récompense l’entreprise qui a soumis le projet le plus novateur aux investisseurs du Venture 5i, le forum de financement du Forum 5i.

Open innovation et programmes corporates : HP Tech Ventures se démarque

Lors de la plénière de l’après-midi, différentes entreprises industrielles ont présenté leurs démarches d’Open Innovation et leurs dispositifs de collaboration avec les startups.

Deux écoles s’opposent. D’un côté, celle, assez classique, adoptée par Solvay Ventures, Safran Corporate Ventures ou encore STMicroelectronics s’adresse à des startups à forte croissance, qui peuvent (quasiment) garantir un fort ROI. L’investisseur va alors s’impliquer plus ou moins intensément dans la gouvernance de la startup. C’est d’ailleurs l’approche que l’on retrouve généralement dans les grands groupes industriels français, chez EDF Pulse Croissance notamment.

De l’autre côté, l’approche de HP Tech Ventures, présentée par Mitchell Weinstock, se démarque : elle se base bien davantage sur le « strategic fit » de la technologie que sur le ROI, et l’investisseur se garde d’intervenir dans la gouvernance, conservant un statut d’observateur silencieux. Weinstock élude d’ailleurs la question du budget total alloué à ce fonds d’investissement, et indique en souriant que les technologies sur lesquelles HP Tech Ventures communique publiquement sont souvent déjà des vieilleries, les investissements actuels étant confidentiels !

Le bilan et la suite : l’éthique au cœur des préoccupations

Une belle organisation, une journée rythmée et bien découpée qui ont permis de faire découvrir le riche écosystème grenoblois. On en retient l’émergence des problématiques liées à l’éthique, qui promettent de prendre de plus en plus de place. AMASAI sera présent pour répondre à l’appel.

Prochain rendez-vous à Grenoble : AMASAI assistera à la Conférence d’exception “Nouvelles questions éthiques posées par le développement de l’intelligence artificielle” le 5 juin 2019 au WTC. Et si nous nous y rencontrions ?

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Comments ( 2 )

  • Germain

    Merci de ce compte rendu !
    Le côté éthique comprenait il des éléments relatifs à la protection de la vie privée ?

    • Audrey Kist Gaspard

      La protection de la vie privée a bien été évoquée, notamment par Bertrand Braunschweig lors de sa séquence introductive (“privacy” sur la photo). Il est vrai que le sujet n’a pas été développé en détail, l’accent a plutôt été mis sur la problématique de la transparence du raisonnement de l’IA. C’est peut-être dû au fait que le forum 5i est très orienté Industries et donc B2B, non B2C/grand public.

      Mais le sujet est évidemment d’une grande importance, comme il était déjà souligné dans le rapport Villani : ” Un autre danger lié à la prolifération des systèmes d’analyse prédictive est l’augmentation du risque de surveillance généralisée. Pour améliorer la prédiction et optimiser la prise de décision, il est nécessaire d’accroître la masse d’informations disponibles, aux dépens de la vie privée des individus. Toutefois, de manière plus fondamentale, ces systèmes sont susceptibles de limiter l’autonomie individuelle des citoyens, en incitant un juge à maintenir en détention un détenu ayant pourtant purgé sa peine ou en organisant la surveillance systématique des populations issues de quartiers défavorisés.” Le RGPD pose des bases avec le PIA (privacy impact assessment).

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